lundi 19 février 2018

Les huit montagnes

Les huit montagnes
Le otto montagne
Paolo Cognetti
Stock La cosmopolite, 2017
Traduit par Anita Rochedy




Pourquoi cette lecture? Je n'ai vu que des avis conquis, émanant d'un large panel de lecteurs, alors allons-y pour découvrir ces huit montagnes venant d'Italie.
Le roman étant par ailleurs toujours emprunté à la bibliothèque, la tension montait depuis des semaines : je le voulais!

Pietro est milanais, son père adore crapahuter en montagne. Voilà les parents de Pietro louant une maison très simple dans un petit village mourant tout doucement, Grana. Là Pietro fait connaissance de Bruno, âgé de onze ans lui aussi et dont la situation scolaire semble peu claire, sa famille l'employant en montagne à divers travaux. Pietro et Bruno deviennent amis, le second entraînant le premier à la découverte des coins perdus, tandis que le père de Pietro essaie de les emmener en plus haute montagne.
Comme dit la quatrième de couverture, roman d'apprentissage et de filiation. Bien.

Des années plus tard, deuxième partie. La vie a continué. Père et fils n'avaient plus guère d'atomes crochus. Les deux jeunes se sont perdus de vue. Jusqu'à ce que Pietro se voie obligé de retourner à Grana et renouer avec Bruno, qui durant des années était proche du père de Pietro.

En troisième partie, l'amitié entre les désormais adultes est plus forte que jamais, même à des kilomètres de distance.

Si je dis que je me suis parfois ennuyée, surtout en première partie et que seuls les avis des autres m'ont poussée à y aller voir, me jettera-t-on la pierre? (ramassée dans ces montagnes)
Un poil de nature ne m'effraie pas, j'aime Mario Rigoni Stern (pour rester dans les mêmes régions) et les pères et mères taiseux, pourquoi pas. Mais il y faut la manière, et là je n'ai pas frémi du tout. Le vent ne m'a rien chuchoté, les paysages m'ont laissée indifférente. Il m'aurait fallu sans doute plus d'aspérités dans les phrases, des prises comme lors d'escalades, quoi.

Heureusement, sans tomber sous le charme, hein!, j'ai apprécié certains passages, comme les carnets de messages dans les boîtes de conserve, les avalanches quand Bruno et Pietro sont dans la maison, le construction de celle-ci, le dur travail de Bruno dans les alpages, l'évolution -et le déclin tout de même- de Grana, bref, plutôt ce qui se trouve dans les deux derniers tiers. La mère de Pietro est pour moi devenue au fil du temps un personnage fortement intéressant aussi.

Les avis de cathulu, saxaoul, dominique, plein d'autres mais google fait de la résistance ... Je n'ai pas trouvé d'avis mitigé, en fait.

vendredi 16 février 2018

Love & Frienship / Only Children

Love & Friendship
Alison Lurie
Abacus, 1986
Paru en 1962
(en français, Les amours d'Emily Turner)


S'attaquer à Alison Lurie (ma dernière lubie de redécouverte) en VO? Hé bien, très facile finalement. Sous ce titre très austénien, son premier paru, se cachent des histoires d'amour et d'amitié; bon titre, donc.

Le début
"The day on which Emily Stockwell Turner fell out of love with her husband began must like other days."
(Le jour où Emily cessa d'aimer son mari commença comme les autres jours )(je traduis rapidou)

Issue d'une famille aisée de l'est des Etats-Unis, Emily a étudié dans les meilleures écoles pour jeunes filles de sa classe sociale. Holman, son mari, rencontré lors d'une soirée à New York où il n'aurait jamais dû logiquement se trouver, vient de Chicago et d'un milieu beaucoup plus populaire. Son salaire de professeur à Convers College peine à être supérieur à la rente d'Emily 'sans travailler'. Pour achever le tableau, leurs deux pères peuvent être dits travaillant dans la banque, celui d'Emily comme le gros directeur, et celui d'Holman comme portier. Mais le mariage fonctionne depuis quelques années, et leur fils Freddy a quatre ans.

La nature a horreur du vide, dit-on, Emily remplit ses journées en se rendant à une boutique de vêtements de seconde main (thé et papotages, de plus), et surtout visitant longuement Miranda, elle aussi épouse de professeur. Là elle va rencontra Will, professeur -et compositeur-, pour un flirt au début, mais...

L'intérêt du roman ne vient pas que de l'évolution des relations entre Emily et Will, pourtant finement racontées, avec des ellipses étonnantes. Plus généralement, Alison Lurie a le chic pour ne pas allonger la sauce, dialogues et gestes suffisent la plupart du temps à laisser percevoir les pensées des protagonistes. Le lecteur aux aguets des petits détails saura combler ce qui manque.

Il dépend aussi, en arrière plan, mais tellement prégnant et non sans conséquences, du petit monde universitaire fréquenté par les Turner. Bruits de couloir, évolutions de carrière. Convers College est un petit monde dans le pas si grand monde de la ville de Convers, apparaissant comme au fin fond d'un trou, et avec un climat hivernal épouvantable.

Chaque chapitre se termine par des extraits de lettres envoyées par Allen Ingram, écrivain et professeur, à un de ses amis. L'humour d'Alison Lurie est à son maximum dans ces courts passages, où il dissèque ce qui l'entoure. Car dans ces coins là, rien ne peut demeurer caché bien longtemps.
"This college may be run by men and for men -the town is run by women for women. And not the slightest event can occur here (or not occur) without its being noticed. Out in the world a scandal spreads quickly and is gone, expanding in fading rings like wawes from a stone tossed into a river, washed away down to sea. In this pond -this puddle- the ripples reach shore and bounce back, interlacing, till the whole surface becomes a net of lines."

(le collège est régi par les hommes pour les hommes, mais la ville par les femmes pour les femmes. Aucun événement même le plus minuscule ne peut arriver -ou pas- sans être remarqué.Ailleurs dans le monde un scandale s'étale rapidement en cercles diminuant comme des vagues quand une pierre a été jetée dans une rivière, balayé jusqu'à la mer. Dans cette mare -cette flaque- les rides atteignent la rive, reviennent, s'entremêlent, jusqu'à ce que toute la surface devienne un lacis de lignes.)

Plus rarement, Alison Lurie use de jolies formules
"his wife looks like a pre-Raphaelite watercolour that's been left out in the rain."
(sa femme ressemblait à une aquarelle préraphaélite laissée dehors dans la pluie)

Autre couverture


Ayant repéré que les petites filles de 9 ans apparaissant dans Only children se nomment Mary Ann Hubbard (bientôt Miranda, donc sans doute l'amie baba cool d'Emily) et Lolly Zimmern (Lorin Jones, héroïne d'un autre roman d'Alison Lurie paraît-il?), il me fallait le lire sans attendre.

Only Children
Comme des enfants
Alison Lurie
Abacus 1990, paru en 1979

En 1935, en pleine dépression, Anna, directrice d’une chic école privée, a invité pour les fêtes du 4 juillet les Hubbard, Bill, Honey et leur fillette Mary Ann, ainsi que les Zimmern, Dan, Celia, Lennie  le fils de Dan d'un premier mariage, et leur fillette Lolly. Les deux filles sont dans la même classe de ladite école et, quoique extrêmement dissemblables, sont amies et savent bien jouer ensemble et inventer des histoires.
Les mères ne travaillent pas, Celia l'effacée aimerait pourtant mais son mari, publicitaire, ne le veut pas, quant à Honey, ça lui convient parfaitement, c'est l'exemple de la belle du sud, coquette et aimant le flirt.

Unité de lieu, la maison d'Anna, unité de temps, ces quelques jours de juillet. Un découpage en courtes séquences de quelques pages, certaines 'vues' par l’œil d'un des fillettes, principalement Mary Ann. C'est toujours un exercice délicat de rendre compte d'événements par le prisme enfantin, que le vocabulaire soit adapté... Heureusement Mary Ann est une petite fille intelligente et observatrice, dont le papa aime répondre à ses questions, et même si ses réflexions sont à côté de la plaque, elle en sait beaucoup, et Lolly aussi, en tout cas bien plus que ne le pensent leurs parents!

Les adultes mènent aussi leur vie, même si les activités sont souvent communes, et comme le dit la quatrième de couverture, parfois leur comportement est moins adulte que celui des enfants...

Mais ce qui m'a encore une fois épatée, c'est l'art d'Alison Lurie pour raconter une histoire et  plonger le lecteur dans les pensées des personnages sans grands développements. Des dialogues, parfois des phrases interrompues, des gestes, des regards, et le lecteur sait.

Par exemple un dialogue entre Anna et Celia au sujet du mariage. Anna vient de parler d'un homme qu'elle a connu et pas épousé, leurs vues sur le mariage n'étant pas les mêmes.
"Oh Anna, dit Celia avec une autre intonation -maternelle, impatiente. C'est juste parce que vous n'étiez pas amoureuse. C'est si différent quand on est amoureux.
Peut-être, dit Anna usant de l'indubitable manière des gens rejetant une déclaration mais désirant rester poli."
Plus tard :
"Leurs regards se rencontrèrent, les deux sourirent, pleines de pitié généreuse et pleine d'affection pour l'autre."
Le lecteur, lui, sait que quinze ans auparavant Anna et Dan (futur mari de Celia) se sont connus et c'est de lui que parlait Anna (et elle en était amoureuse). Le mariage de Dan et Celia est délicat, surtout pour Celia qui en est malheureuse. Tout cela, on le sait sans immenses développements et, mieux même, on le devine (aisément!)

mercredi 14 février 2018

Tu vas aimer notre froid

Tu vas aimer notre froid
Un hiver en Yakoutie
Harold Schuiten
Les impressions nouvelles, 2018



Remplaçant dans une école professionnelle belge, ex-journaliste pigiste, Harold Schuiten fouine sur internet, pour ses cours de géographie, et le voilà sur un site évoquant l'école Sakhabelge de Kepteni.
"Quelle probabilité statistique accorder à tout ça: l'existence au fin fond de la Sibérie, d’une école "belge" où on célébrerait la Belgique et où on enseignerait le français aux Yakoutes, une peuplade animiste? C'est comme si la matrice avait buggé, générant au hasard des tranches de présent incohérentes."

Quelques mois et quelques paperasseries plus tard, le voilà à Yakoutsk. Puis à Kepteni, petit village accessible seulement l'hiver, car pas de pont sur la très très large Léna, dont on doit attendre le gel pour passer dessus en voiture. Et quels véhicules! Pas un poil d'électronique, mais réparables facilement. La survie en dépend.

Une fois à Kepteni, le voilà enseignant le français (et l'anglais), découvrant la vie du village. Les ours? Oui, pas loin, mais ils dorment actuellement. La température? A - 45°, pas de cours pour les plus jeunes. A partir de - 47°, on arrête pour les plus âgés, à - 51 ° on ferme l'école.

Vaste et peu peuplé, on l'aura compris.

A lecture de ce (trop, hélas!) court livre, j'ai appris plein de choses sur la Yakoutie, et la Russie en général, l'auteur ayant poursuivi son voyage par le train jusqu'à l'extrême orient russe. "Pour vérifier qu'il n'y a rien. C'est le concept du voyage."

Dois-je ajouter que l'humour de l'auteur a beaucoup ajouté au plaisir du voyage?

Un article dans La libre Belgique, une émission,

Bonne pioche Masse critique Babelio

lundi 12 février 2018

Les couleurs de nos souvenirs

Les couleurs de nos souvenirs
Michel Pastoureau
Points  Seuil, 2010



Quant j'ai acheté ce livre (en 2015) je savais que je voulais découvrir l'auteur, peut-être pas avec ce titre, je pensais plutôt à Bleu, histoire d'une couleur (ou noir, ou vert) mais finalement ce petit poche s'est révélé être une excellente introduction à l'univers de l'auteur.

Quatrième de couverture (moins détaillée que celle de la première édition, tant mieux), mais très bien, pas besoin de la réécrire.
Que reste-t-il des couleurs de notre enfance ? Comment la couleur s'inscrit-elle dans le champ de la mémoire ? Comment est-elle capable de la stimuler ou de la transformer ? Pour tenter de répondre à ces questions, Michel Pastoureau nous propose un journal chromatique s'étendant sur plus d'un demi-siècle (1950-2010). Souvenirs personnels, notations prises sur le vif, propos débridés, digressions savantes, ce livre s'attache aux différents domaines où la couleur intervient : vocabulaire et faits de langue, mode et vêtements, objets et pratiques de la vie quotidienne, emblèmes et drapeaux, monde du sport, art et littérature.

Tour à tour ludique, poétique ou nostalgique, ce journal souligne combien la couleur est un lieu de mémoire, une source de plaisirs et plus encore une invitation au rêve.

Dès le départ il était clair que le côté autobiographique serait présent, et ce livre possède la saveur d'une enfance et adolescence parisiennes des années 50 et 60, abordées au fil de chapitres tels Le vêtement (ah les jeans), La vie quotidienne, Les arts et lettres, etc. Où l'on apprend que deux élèves furent renvoyées chez elles car elles avaient osé porter un pantalon rouge!, quelle est la couleur préférée de l'auteur (le vert) et celle de la majorité des occidentaux, son peintre préféré (Vermeer), comment un souvenir de couleur peut se révéler faux, le merveilleux souvenir d'un cadeau, le stylomine à quatre couleurs...

Le livre, plutôt court, fourmille de détails, de réflexions, parfois érudit mais toujours accessible, et parcouru d'un humour de bon aloi.

J'ai découvert avec étonnement combien ces études sur la couleur dont Pastoureau est le spécialiste n'ont pas été 'faciles et estimables' au départ et comment tout a commencé pour lui en classe de dessin de quatrième, avec l'héraldique.

Encore une fois, c'est un essai qui déchaîne mon enthousiasme!

vendredi 9 février 2018

"On n'est jamais sûr de rien avec la télévision"

"On n'est jamais sûr de rien avec la télévision"
Chroniques 1959-1964
François Mauriac
Bartillat, 2008
Edition établie par Jean Touzot
avec la collabotation de Merryl Moneghetti


Depuis quelque temps (merci Athalie) je voulais me pencher à nouveau sur les romans de Mauriac, et bien sûr ce n'est pas un roman qui a attiré mon attention, mais un brave gros volume de chroniques (non, pas le Bloc notes) écrites de 1959 à 1954 pour L'Express puis Le Figaro Littéraire.

Quoi? Mauriac, écrivain reconnu, prix Nobel de littérature, devenu télé chroniqueur? Rien que ça m'attirait, et j'avoue que l'aventure s'est révélée fort plaisante. On découvre un Mauriac qu'on imagine en pantoufles, devant son petit écran (en noir et blanc?), sans télécommande, de toute façon la deuxième chaîne n'arrive qu'en 1964. A Paris ou à Malagar, avec épouse et petits enfants pas loin.

"Ce soir je devais aller au TNP. J'ai mieux aimé rester dans mes pantoufles: la télévision donnait Les jeux de l'amour et du hasard et un Hitchcock. C'est la première victoire, dans ma vie, de la télévision sur le théâtre."

Mauriac se révèle beaucoup au travers de ces chroniques, choisissant les émissions un peu au hasard de ses envies et de ses loisirs. Gaulliste intransigeant et catholique ferme, mais plus ouvert que je n'aurais cru, il donne ses avis clairement, sans méchanceté, acceptant la discussion venue sans doute de courriers, ainsi que des opinions différentes, sans pour autant dévier souvent de sa trajectoire. Un poil chauvin (il est désolé quand l'équipe de football se fait laminer)

Il n'aime guère l'opéra et le théâtre filmé, les yéyés (ah quelle époque) lui font lever les yeux au ciel (mais son opinion sur Johnny Hallyday évoluera), il est baba devant Brigitte Bardot, (et en janvier 1962 elle s'indignait déjà de la façon dont on tue les veaux dans les abattoirs!)  et, qui l'eut cru?, ne rate guère Intervilles (surtout les vachettes!) et aime Bonne nuit les petits!

Ces chroniques ne sont pas le Bloc Notes, il s'arrête parfois d'aborder certains sujets, mais c'est l'époque de la guerre d'Algérie, de la campagne présidentielle américaine puis de l'assassinat de Kennedy, du mariage de la princesse Margaret, du fiasco français des Jeux Olympiques (comme aurait dit De Gaulle, je ne peux pas tout faire).

Il a ses émissions chouchous (mais qui aime bien châtie bien), Cinq colonnes à la une, Lectures pour tous.

"Même reproche à l'émission L'Assistance publique, cette inconnue. On nous la montre sous de si belles couleurs que je regrette presque de ne pas lui avoir confié mes quatre enfants."

"Cette merveille s’appelle Marie Laforêt. De visage plus touchant, et qui touche jusqu'à bouleverser, je n'en connais pas. Elle jouait une pièce de Teenessee Williams que je ne raconterai pas. Mais si vous voyez un jour sur un programme ce nom : Marie Laforêt, choisissez-le de préférence à tous les autres."

"Les gitans des Saintes-maries-de-le-Mer ont dû nous jeter un sort à tous. Ah! Si on pouvait trouver du pétrole en Camargue, nous délivrer enfin de ce pittoresque forcé, dont nous crevons!"

"Quant à Reynaldo, j'ai suivi à pied, à côté de lui, le corbillard de Marcel jusqu'au Père-Lachaise." Hein? Se frotter les yeux, réaliser que oui, Mauriac est né en 1885...

"Attention à l'homme qui détruit la vie, et veillons sur l'homme qui se détruit lui-même. La destruction des forêts et des espèces animales, la pollution de l'atmosphère: on dirait que l'espèce se prépare à l'anéantissement atomique. (...)La technique au service du grand capital est une idole aveugle, dévorante, une idiote maîtresse du monde et qui l'aura jusqu'à l'os."

Faukner meurt (1962). La télévision redonne la cérémonie du Nobel. "C'est exactement ce qui s'est déroulé pour moi. (...) Et tout à coup j'imagine qu'un jour, bientôt, le petit écran encadrera la même cérémonie, dont je serai le personnage principal."

Lectures pour tous (critiques et conseils...)
Pauvres écrivains de lectures pour tous! On les a retardés d'une heure à cause d'un match de football. (...) Vous ne sauverez cette émission qu'en doublant Dumayet et Desgraupes, car ils ne peuvent tout lire, et il m'arrive de les soupçonner de ne rien lire du tout.(...) Il faudrait faire interroger les auteurs difficiles par un lecteur jeune, passionné, qui débusquerait le romancier de ses broussailles. Un auteur comme celui-là émerge d'un abîme de réflexion et les questionneurs maison n'en tireront rien. Ils ne valent que pour les romanciers qui parlent d'abondance, de telle sorte que le questionneur n'a pas besoin d'avoir lu le livre pour s'en tirer."
"Max-Paul Fouchet est une autre lecteur que Dumayet et que Desgraupes. Il ne se fie pas au 'prière d'insérer'. Il est vrai qu'il est seul sur l'écran et ne peur s'en rapporter à l'auteur pour que nous sachions de quoi il retourne." 1er décembre 1962

En général il  évite certaine émission médicale; un poil trouillard?
"Je regrette d'avoir manqué l'émission scientifique d'Igor Barrère et d'Etienne Lalou touchant les articulations. J'ai des vues très personnelles sur le problème, et qui risquent de s'enrichir de jour en jour, je le crains. J'ai donc manqué ma chance de consultation gratuite."

"C'est la grève aujourd’hui à la T.V. Qui en souffre? (...)Il existe comme un charme de l'ennui que nous avions oublié. Si le temps se lève ce soir, j'aurai droit au clair de lune, puisque la T.V. est en grève."

"M. Valery Giscard d'Estaing, ministre des Finances" "Vous pouvez les appeler des technocrates, ils plaisent, la télévision les sert, les porte, et les portera Dieu sait où."

Conclusion : Un petit voyage agréable dans le passé de la télévision, où tout existait déjà, les jeux, les variétés aussi (même si peu prisés de Mauriac). Il avait déjà prescience de l'évolution possible du petit écran et quand il se sentait compétent proposait et suggérait. Il ne cherchait pas forcément des émissions élitistes, mais à ce que tout soit accessible au plus grand nombre.
Était-ce 'mieux avant'? Pas forcément, le nul existait aussi...
Quel plaisir aussi de  retrouver des noms oubliés ou pas, avec le regard de maintenant (très utiles notes de bas de page!)
Et puis moi qui m'imaginait Mauriac un peu raide et réac, hé bien c'est souvent distrayant, et de plus intelligent et bien écrit.

Challenge  Lire sous la contrainte chez Philippe