lundi 26 septembre 2016

Paris-Brest

Paris-Brest
Tanguy Viel
Minuit (poche), 2013



Lors d’une lecture à Chambord de son dernier roman (pas encore paru je crois) où revenait le 'fils Kermeur', j'ai craqué pour 'Paris-Brest' dans lequel il était déjà présent. Encore un peu mystérieux, ce personnage, mais après  La disparition de Jim Sullivan  et Insoupçonnable, je savais que Tanguy Viel saurait m'entraîner dans son monde...

Plutôt court (moins de 200 pages), ce roman fut idéal pour un voyage en train, pas Paris-Brest, je ne fignole pas à ce point, mais un Paris-Vierzon (précédé d'un aller).

Me voilà bien embêtée au moment de raconter un peu de l'histoire : disons que le narrateur, à 17 ans, est laissé sur place à Brest pour veiller sur sa grand mère richissime (on apprend comment elle l'est devenue), pendant que ses parents doivent s'exiler en Languedoc-Roussillon. Grand mère dont la femme de ménage est justement la mère du 'fils Kermeur', lequel fils fut un 'camarade' de classe du narrateur.
Quelque temps et événements plus tard, le narrateur se retrouve à Paris, écrit une histoire de sa famille, puis revient passer un Noël en famille, et, ma foi, tout se mélange un peu, et je reste un poil là, mais ça n'a pas d'importance parce que si je retrouve le fils Kermeur dans un autre roman ça me va très bien.

En fait tout est dans la façon d'écrire de Tanguy Viel (mention spéciale : il excelle aussi  à lire ses romans!), une sorte de parlé/écrit qui déroule une ficelle que le lecteur ne peut que suivre sans résister (s'il résiste, ça casse, à mon avis), avec au détour des phrases de grandes avancées dans l'histoire, des révélations inattendues et souvent coup de poing/respiration coupée, le tout emballé dans un humour très pince sans rire et dixième degré au moins, humour oui mais au final l'histoire est plutôt tragique et terrible.
Une question : mais on n'entend plus parler de Mme Kermeur?

Allez, des passages où deux régions sont évoquées (il n'y aura pas de jaloux, quoi)
"Mais quelqu'un qui vous dit que le Languedoc-Roussillon est une des régions les plus belles de France, moi je n’appelle pas ça un ami."
"D'un côté je voulais faire un roman familial à la française, et cela d'autant plus que tout se passe en Bretagne et pire qu'en Bretagne, dans le Finistère Nord, c'est-à-dire dans la partie la plus hostile, la plus sauvage et la plus rocheuse de Bretagne"...

En parlent Passion des livres, jemelivre, athalie, plaisirs à cultiver,

samedi 24 septembre 2016

14 juillet

14 juillet
Eric Vuillard
Actes sud, 2016


En refermant ce livre, je ne peux que faiblement réaliser le travail de recherche qu'a certainement réalisé l'auteur (et j'aurais bien aimé savoir à la fin dans quelles archives il a risqué ses poumons et ses yeux). Le 14 juillet, prise de la Bastille, tout ça, on croît connaître, et on connaît un peu , rassurez-vous. Juste assez pour suivre l'auteur sans efforts, pas assez pour ne pas être ébloui par la masse d'informations nouvelles (à moins d'être un spécialiste ou un fan de l'époque). C'est le 14 juillet au plus près, pressé par la foule des émeutiers. Une foule qui ne reste pas 100% anonyme, Eric Vuillard égrenant leurs noms et professions, si connues. Une plongée dans le petit peuple, celui qui a faim, a du mal à joindre les deux bouts, loin des fêtes et gaspillages d'une minorité. "Beaucoup de parisiens ont à peine de quoi acheter du pain. Un journalier gagne dix sous par jour, un pain de quatre livres en vaut quinze. Mais le pays, lui, n'est pas pauvre. Il s'est même enrichi. Le profit colonial, industriel, minier, a permis à toute une bourgeoisie de prospérer. Et puis les riches paient peu d'impôts; l'Etat est presque ruiné, mais les rentiers ne sont pas à plaindre. Ce sont les salariés qui triment pour rien, les artisans, les petits commerçants, les manœuvres. Enfin il y a les chômeurs, tout un peuple inutile, affamé. C'est que, par un traité de commerce, la France est ouverte aux marchandises anglaises, et les riches clients s'adressent à présent à des fournisseurs étrangers qui vendent à meilleur prix. Des ateliers ferment, on réduit les effectifs."
Heu ah oui, on est en 1789, je dois me frotter les yeux.

Donc nos gens du peuple sont là, Legrand, concierge, Legros, capitaine, Legriou, monteur en pendule, Lesselin, manouvrier, Masson, cloutier, Mercier, teinturier, Minier, tailleur, Saunier, ouvrier en soie, je donne juste une tranche, tous pour la plupart jeunes, très jeunes.Des métiers disparus, souvent.

Sous la plume d'Eric Vuillard, l'Histoire est drue, vivante, échevelée parfois. Je n'en dirai pas plus, jetez-vous sur ce court (200 pages) récit absolument éblouissant.

"Mais il n'y a pas que Louis et Aubin à jouer les équilibristes, il y a huit ou dix autres hussards sur ce toit. Il faut être attentif à ces vagues présences, contours, profils, à ces locutions dont tout récit se sert pour mener son lecteur. Gardons-les encore contre nous un instant, ces huit à dix autres, par la grâce d'un prénom personnel, comme de tout petits camarades, puisqu'eux aussi ils courent sur le toit, ils font peut-être les marioles, ils dansent sur l'horizon. Tournay est dans la cour, et là, ils disparaissent, on les abandonne définitivement, on ne les reverra plus jamais. Ce sont les petits bonhommes de Brueghel, ces patineurs que l'on voit de loin depuis l'enfance, ombres familières aperçues au fond d'un tableau, sur la glace.Ils nous font pourtant un curieux effet de miroir depuis leur brime. On se sent plus proches d'eux que de ceux qui campent au premier plan. Ce sont leurs silhouettes que l'on scrute, que nos yeux supposent, que le brouillard mouille.Et si nous rêvons, il n'y a plus qu'eux."

En parlent Delphine, Sandrine, clara (juste aujourd'hui, je le découvre!)

jeudi 22 septembre 2016

Ma fabuleuse enfance dans l'Amérique des années 1950

http://www.livrenpoche.com/
ma-fabuleuse-enfance-dans-l-amerique-des
-annees-1950-e333435.html
Ma fabuleuse enfance dans l'Amérique des années 1950
The life and times ofthe Thunderbold Kid
Bill Bryson
Petite bibliothèque Payot, 2012
traduit par Julie Sibony


Un livre de Bill Bryson ne se refuse absolument pas (surtout en bourse aux livres, à 50 centimes!)! Voilà donc une autobiographie parfois fantaisiste mais toujours drôle et passionnante dudit Bill, né dans l'Iowa en 1951. "Mon enfance s'est plutôt bien passée, dans l'ensemble. Mes parents étaient des gens patients, gentils et à peu près normaux." Une enfance normale, quoi, mais transfigurée par l'imagination et la fraîcheur du gamin, devenu un adulte qui sait tout raconter!

Cette Amérique des années 50 est merveilleusement bien évoquée, avec des détails faisant souvent écarquiller les yeux. Un passé révolu (hélas ou pas) peu ou prou proche de la France des années 60 en ce qui concerne le progrès et le nombre croissant des automobiles et du matériel ménager, et l'arrivée de la télévision. Un monde rempli de gamins souvent jouant dehors (en France aussi, pour ceux qui étaient déjà nés), sans grosses zones commerciales et chaînes d'hôtels et de magasins, où la cigarette avait partout droit de cité, et où l'on admirait les explosions atomiques (pas dans l'Iowa, mais de Las Vegas, mais ça donne une idée de l'époque)

Bref, un bouquin drôle, instructif, et hautement recommandable.

"Je n'allais donc pas à l'école si je pouvais l'éviter.
Et je n'y serais sans doute pas allé du tout s'il n'y avait eu les polycopiés. Parmi toutes les disparitions tragiques depuis les années 1950, celle des polycopiés est peut-être la plus regrettable. Avec leur encre bleu clair aux effluves merveilleux, ils étaient littéralement enivrants. Deux grandes bouffées d’une feuille d'exercices fraîchement sortie de la ronéo, et je voulais bien être l'esclave consentant de l'Education nationale pendant sept heures d'affilée. Allez voir n'importe quel junkie et demandez-lui comment il a commencé à devenir accro, je parie qu'il vous répondra que c'est à cause des polycopiés du primaire. Le lundi matin je bondissais de mon lit car c'était le jour où l'on nous distribuait les nouvelles feuilles d'exercices. je me les collais sur le visage et m'envolais vers un lieu secret où les champs étaient verts, où les gens marchaient pieds nus et où la mélodie suave d'une flûte de Pan résonnait dans l'air."
Voilà, nostalgie, exagération parfaitement détectable, que du bonheur!
Ce passage ne parlera pas hélas aux moins de 30 ans... Les pauvres.

mardi 20 septembre 2016

A l'ombre des jeunes filles en fleurs

https://fr.wikipedia.org/wiki/Madeleine_(cuisine)#La_madeleine_de_Proust
A l'ombre des jeunes filles en fleurs
Marcel Proust
Livre de poche, 1992 (et Pléiade)


Non, cette lecture n'entre pas dans le cadre d'un quelconque Challenge Madeleine ou Challenge Longues phrases, il s'agissait juste d'accompagner A Girl(lien vers son billet) dans sa découverte de Proust (elle a démarré avec Du côté de chez Swann). Ce billet n'est pas destiné à servir de résumé ou d'étude (élèves, passez votre chemin), plus égoïstement d'aperçu de mes réactions, pour remémoration personnelle. Parce que - mise en abyme hyper tordue?- mes lectures de Proust sont toutes associées à des moments ou lieux particuliers remémorés ainsi ...

Ce blog possédant déjà une rubrique Proust colonne de droite, mon objectivité peut totalement être mise en doute. Disons que je suis en relecture (une fois par décennie, pas un rythme effréné non plus)

Ce roman a obtenu le prix Goncourt en 1919 et je ne résiste pas au plaisir de reproduire un texte trouvé ici (site de la Pléiade) , texte que les non Proustolâtres peuvent sauter.

1919

Qui sont les jurés Goncourt? Jean Ajalbert, le futur auteur des Mystères de l’académie Goncourt; Émile Bergerat, élu cette année-là, quoique presque aveugle; Élémir Bourges, que Jules Renard traitait de «pauvre vieillerie» et qui lui survécut quinze ans; Henry Céard, qui vient de publier ses Sonnets de guerre; Léon Daudet, qui a succédé à son père (rien d’étonnant pour un monarchiste); Lucien Descaves, qui boudera tant que l’on n’aura pas élu Courteline; Gustave Geffroy, critique d’art, président du jury; Léon Hennique, exécuteur testamentaire des Goncourt, auteur de L’Argent d’autrui; Rosny aîné, à qui l’on doit La Guerre du feu; et Rosny jeune, à qui l’on doit surtout d’avoir voté, ce 10 décembre, pour À l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Une trentaine de livres, parmi lesquels de nombreux récits de guerre, sont «candidats» au Goncourt 1919. Depuis 1915, tous les romans primés avaient la Grande Guerre pour sujet. Les Jeunes Filles, ouvrage peu martial, a paru à la NRF en juin. Proust est soutenu par Léon Daudet, polémiste d’Action française qui ne rechigne pas à faire campagne pour ce dreyfusard ami de son frère Lucien. Et cela se passe bien, trois tours de scrutin suffisent. Les Jeunes Filles l’emporte par six voix contre quatre aux Croix de bois de Roland Dorgelès. Il manque un s à fleurs dans le communiqué – ce n’est pas grave. Proust, fatigué, refuse de répondre aux journalistes – cela ne fait rien. Dans les quinze jours qui suivront, il recevra quelque neuf cents lettres de félicitations.
Mais les choses s’enveniment vite. La presse parle d’injustice : c’est le roman de Dorgelès – un ancien engagé volontaire – qu’il fallait couronner! Les dames du jury Vie heureuse offrent d’ailleurs leur prix à ce héros, qui le refuse par «décence», un livre de guerre ne devant pas être primé par des femmes… On rappelle aussi qu’aux termes du testament d’Edmond de Goncourt le prix doit aller non seulement à «l’originalité du talent», mais «à la jeunesse». Or Proust n’a-t-il pas quarante-sept ans (les journaux disent «cinquante», «quarante et onze» ou même «soixante ans d’âge»), contre trente-quatre pour Dorgelès? «Place aux vieux!» titre L’Humanité. «M. Proust a le prix, M. Dorgelès l’originalité du talent et la jeunesse. On ne peut pas tout avoir», raille Lucien Descaves, qui a voté pour Les Croix de bois. De plus, comme Proust est riche (croit-on), il a dû corrompre le jury : «Il y a dans le monde des lettres, à Paris, six hommes dont la reconnaissance est fonction de leur digestion à l’ombre des havanes en fleurs», note Le Populaire du 12 décembre.
L’éditeur de Dorgelès, Albin Michel, réagit vite. Les Croix de bois est bientôt orné d’une bande où figure en gros caractères la mention prix goncourt, tandis que la deuxième ligne, 4 voix sur 10, est microscopique. Il faudra attendre le 31 mai 1920 pour que Gallimard obtienne du tribunal de commerce de la Seine le retrait de cette bande.
Marcel Proust parle de «muflerie» mais, au total, il se montre plutôt philosophe. Il s’inquiète avant tout de la disponibilité de son livre en librairie. Son désir le plus cher, combien justifié, est d’être lu. Et son exquise politesse ne se dément pas. «À propos du prix Goncourt», écrit-il à la fin de l’année à Gaston Gallimard, «le seul plaisir qu’il me donne est de penser qu’il est un peu agréable à la NRF, à vous avant tout, dont il ratifie le choix (en appel), à qui il peut laisser espérer d’avoir pris un pas trop mauvais ouvrage et qui durera assez…»


Cette fois c'est un peu sous l'angle du lecteur de 1919 que j'ai abordé la lecture. On peut penser qu'il a été bousculé, le lecteur! J'ai été frappée par le côté deuxième tome d'un tout, avec toutes les frustrations collatérales. Norpois, Cottard, Swann, Odette sont censés être connus du lecteur, ainsi que leurs aventures du premier volume. Péché fort véniel, en fait. Mais comme jamais auparavant j'ai senti le mélange entre présent, passé et futur, avec une fluidité extraordinaire.

Bref, le lecteur (de 1919) est laissé à la fin, non sur des cliffhangers de folie (c'est Proust, quand même, on sait se tenir), mais avec des personnages venant d'apparaître (Saint Loup et Charlus par exemple) et des potentialités ne demandant qu'à être développées. On sent vraiment que Marcel P. a la vision d'une oeuvre totale (même posthume)!

Page 91 apparaît Albertine."C'est l'oncle d'une petite qui venait à mon cours, dans une classe bien au-dessous de moi, la 'fameuse Albertine'. Elle sera sûrement très 'fast', mais en attendant elle a une drôle de touche." (c'est Gilberte, la fille de Swann et d'Odette, qui parle). Albertine sera plus tard l'une des jeunes filles en fleurs et le proustien averti saura trouver les indices semés par l'auteur "la mort qui, comme le montrera plus loin dans ce livre une cruelle contre-épreuve, ne diminue en rien les souffrances de la jalousie". Ce livre = carrément A la recherche du temps perdu.

Le fil conducteur de la maturation d'un écrivain désireux d'écrire une oeuvre est franchement déjà là (jusqu'ici je ne l'avais remarqué que plus tard) même si notre narrateur n'est pas encore à l'oeuvre et préfère rêvasser devant Gilberte ou Albertine et ses amies.
"Les émotions q'une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne le ferait le plaisir que nous donne la conversation d'un homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses œuvres." Irai-je jusqu'à dire que ces rêvasseries fourniront le matériau de l'oeuvre future?

J'ai réalisé aussi que le déplacement de Combray d'Eure et Loir à l'est de paris (pour justifier la destruction de l'église dans le dernier volume) était déjà présent dans ce deuxième volume, remanié par Proust.

Je vais passer sous silence les extraits 'classiques', la description des tableaux d'Elstir ou l'image de l'aquarium.(page 265), l'inquiétude ou l'appréhension à l'idée de résider dans un nouvel endroit ou de connaître de nouvelles personnes, et après un certain temps l'indifférence due à l'habitude.
Inutile de rappeler l'habitude fréquente d'utiliser trois adjectifs, dans un doux balancement pour le lecteur, par exemple 'la peau rose, dorée ou fondante' ou la figure bienveillante, camuse et douce". Ni les métaphores.

Juste des passages qui m'ont frappées cette fois-là:
"Ceux qui produisent des œuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d'ailleurs qu’elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s'y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété." A propos de Bergotte, mais je ne peux m'empêcher de l'appliquer à Proust. C'est pour ces passages inaperçus à première lecture qu'on relit Proust.

Alors, longues phrases? Oui, il y a bien un poil d'incises, de subordonnées, de digressions, mais franchement c'est parfaitement lisible.

Il y a même des passages plus drôles (pardonnez moi si ça ne vous fait pas rire, moi si)
"Cet acteur du Palais-Royal à qui on demandait où il pouvait trouver ses surprenants chapeaux et qui répondait : 'je ne trouve pas mes chapeaux. Je les garde'."(page 13)
Et page 183, Madame Verdurin rend sa visite annuelle à Odette (elles sont plus qu'en froid) :"Cela ne vous fait pas peur, Odette, d'habiter ce quartier perdu? [note : les Champs Elysées] Il me semble que je ne serais qu'à moitié tranquille le soir pour rentrer. Et puis c'est si humide. Ça ne doit rien valoir pour l'eczéma de votre mari. Vous n'avez pas de rats au moins?" Si vous trouvez un passage ailleurs avec plus de vacheries à la ligne, faites moi signe!

Parfois c'est tellement concis que je dois relire : "Une cousine assez éloignée qui avait comme raison de passer d'abord [dans un circuit de visites familiales] que sa demeure ne le fût pas de la nôtre." (p 63)

"La pratique de la solitude lui en avait donné l'amour comme il arrive pour toute grande chose que nous avons crainte d'abord, parce que nous la savions incompatible avec de plus petites auxquelles nous tenions et dont elle nous prive moins qu'elle ne nous détache. Avant de la connaître, toute notre préoccupation est de savoir dans quelle mesure nous pourrons la concilier avec certains plaisirs qui cessent d'en être dès que nous l'avons connue."

"Mais ma volonté ne laissa pas passer l'heure où il fallait partir, et ce fut l'adresse d'Elstir qu'elle donna au cocher. Mon intelligence et ma sensibilité eurent le loisir, puisque le sort en était jeté, de trouver que c'était dommage. Si ma volonté avait donné une autre adresse, elles eussent été bien attrapées."(page 458)

Pour terminer, voici des liens utiles qui vous apprendront absolument tout! Proust, ses personnages (et bien plus!)

vendredi 16 septembre 2016

L'été avant la guerre

L'été avant la guerre
The summer before the war
Helen Simonson
NiL, 2016
Traduit par Odile Demange


Eté 1914, petit village de Rye (Sussex). L'ambiance est encore bien victorienne, femmes corsetées et messieurs un poil machos; la bonne société bourgeoise et la petite noblesse sont bourrées de préjugés à l'encontre des femmes et des classes sociales dites inférieures.

Béatrice Nash va devoir batailler pour occuper un poste d'enseignante de latin. A 23 ans, elle est cataloguée comme vieille fille et son ardent désir d'être financièrement indépendante est contrecarré par sa famille paternelle et des notaires n'ayant aucune confiance en ses capacités de gestion (alors qu’elle s'occupait fort bien des affaires de son père avant le décès de celui-ci). La femme éternelle mineure, quoi. Seul l'état de femme mariée lui permettrait de toucher son (coquet) héritage, tout en sachant que bien sûr son éventuel mari aurait la main dessus.

Pour l'instant elle n'envisage pas de se marier (à son âge avancé!), quoiqu'elle ait des atomes crochus avec Hugh et Daniel, les neveux d'Agatha Kent, qui la chapeaute dans ses premiers pas à Rye. Agatha, une femme de caractère, sachant braver quelques conventions, mais hélas pas toutes...

En plus de la situation des femmes à l'époque, est évoqué celle du peuple Tzigane, dont un élément particulièrement doué à l'école se verra fermer des portes en raison de ses origines.

Le village de Rye verra affluer des réfugiés de Belgique et certains de ses hommes s'engager. Le roman prendra une teinte plus sombre, tout en préservant une justesse de ton et un humour de bon aloi.

En démarrant cette lecture je pensais à une quelconque romance vintage et sympathique, genre tout à fait honorable par ailleurs! Mais en abordant sans insister lourdement des thèmes bien plus sérieux, l'auteur a su me toucher et m'intéresser avec ses personnages et me faire vivre quelques mois dans l'ambiance de cette époque et de ce village.

Une jolie lecture que je dois à Cryssilda! Merci!

Et pile poil pour le Challenge pavé de l'été chez Brize